Une jolie histoire qui aurait pu mieux finir

Des Suisses célébrés en France comme en Suisse

Etonnante destinée que celle de ce couple gruérien, Jacques Bosson et Marie-Françoise Magnin, dont La romance du Pauvre Jacques entretient le souvenir depuis plus de deux siècles. Œuvre de la marquise de Travanet, la chanson Pauvre Jacques aurait eu pour parolière la sœur de Louis XVI, Elisabeth de France, voire la reine Marie-Antoinette elle-même. Elle est composée à l’occasion du mariage de Jacques Bosson (1757-1836) et de Marie-Françoise Magnin (1760-1835), célébré le 26 mai 1789 à Versailles. Comment ces Gruyériens ont-ils traversé l’histoire de France et de Gruyère pour s’introduire enfin dans les pages du site du Collège du Sud ?

Des Gruyériens à Paris

Jacques Bosson (francisation de Jakob Boschung) vient de Bellegarde et est engagé par la famille Magnin comme vacher dans la ferme de la Buchille à quelques encablures de Bulle. Il plaît immédiatement à la fille du propriétaire, Marie-Françoise, mais plaît moins aux parents de celle-ci qui le font enrôler de force dans l’armée, avant de l’exiler en France lointaine. Il devient vacher du domaine de Montreuil, qui appartient à Elizabeth de France, dont il est rapidement nommé régisseur. 

Le château de Montreuil

Retour en Suisse

La ferme des Bosson avant 1903

Touchée par les amours contrariées de Jacques Bosson, la sœur du roi intercède auprès des Magnin et l’histoire d’amour se conclut, ce n’est pas rien, par un mariage à Versailles en 1789. Mais le pauvre Jacques est poursuivi par les tourments de la Révolution. Il doit fuir et se réfugie à Bulle avec sa fille en 1793 alors que Marie-Françoise est emprisonnée durant plus d’un an à Paris. Elle peut enfin rejoindre son mari. Le couple et leur fille s’installent à Bulle en 1794.

Triste fin

Il se trouve que la ferme qui a accueilli les Bosson n’est autre que celle, ou presque, qu’une pelle mécanique s’est acharnée à abattre en cette fin mars 2017. Bien heureux le pauvre Jacques qui a échappé à la construction de trois immeubles qui vont dérober le soleil et le Moléson au Collège du Sud. 

En 1903, un incendie a réduit en cendres la maison représentée sur le dessin de N. Glasson.
C'est la ferme reconstruite et un peu différente qui disparaît fin mars 2017.

Paroles et musique

« Pauvre Jacques quand j'étais près de toi, 
Je ne savais pas ma misère.
Mais à présent que tu vis loin de moi,
Je manque de tout sur la terre (bis). »

La fiction s’en est aussi emparée et a mythifié la réalité : intitulée Jacques et Françoise, la romance fournit l’argument à l’un des derniers « festivals » de Carlo Boller en 1947. Quant à Francis Reusser, il réalise, en 1988, un film éponyme.

En-tête de la partition originale

Partition originale

Une récupération politique

Après la décapitation du roi en 1793, devient un signe de ralliement des royalistes. La mélodie recyclée est imprimée à 100'000 exemplaires avec pour titre La Complainte de Louis XVI :

« Ô mon peuple que vous ai-je donc fait ?
J'aimais la vertu, la justice ;
Votre bonheur fut mon unique objet
Et vous me traînez au supplice. »

Une trace historique et géographique

La fille unique du couple, Marguerite, épouse Pierre Glasson (du Tonnelier). L’un des huit enfants du couple n’est autre que Nicolas Glasson (1817-1864), avocat, conseiller national, juge fédéral et poète bullois : la rue entre la gare ferroviaire actuelle et la rue de Vevey lui est dédiée. 

Rue Nicolas Glasson

Pour mémoire

Auteur du texte original :
Serge Rossier

Résumé et mise en page pour le site :
Charly Mauron